« Quand la magie théâtrale se nourrit d’une manière si efficace de la parole, du geste, de la musique et du silence, on sort de la salle fier d’avoir choisit cet art nécessairement éphémère, mais incomparable quant à sa capacité d’échanger des pensées, des énergies et des convictions.

Avec Les Larmes des hommes, les spectateurs constatent que la grâce, la légèreté et la joie peuvent cohabiter avec le drame et la réflexion. »

« Le théâtre ne cesse de revisiter ses codes et d’interroger ses limites. Défis formels ou textes improbables, effets foisonnants ou minimaux, on le voit, ici, inviter la théorie à se dramatiser, là passer le répertoire au crible d’une lecture ultraspécifique, ailleurs adopter telle logique propre à une tout autre discipline. La gageure de Patrick Mohr, en créant La nuit remue, consiste à ne donner voix, exclusivement, qu’aux poèmes d’Henri Michaux. Et la transposition ne souffre d’aucune faiblesse. »

Katia Berger, 9 novembre 2012

« L’âme adore nager »

Le théâtre ne cesse de revisiter ses codes et d’interroger ses limites. Défis formels ou textes improbables, effets foisonnants ou minimaux, on ne voit, ici, inviter la théorie à se dramatiser, là passer le répertoire au crible d’une lecture ultraspécifique, ailleurs adopter telle logique propre à une tout autre discipline. La gageure de Patrick Mohr, en créant La nuit remue, consiste à ne donner voix, exclusivement, qu’aux poèmes du grand Henri Michaux. Et la transposition ne souffre d’aucune faiblesse. Ou presque. Le plateau, jusqu’aux gradins compris, est intégralement recouvert d’une toile blanche tachetée de figures noires caractéristiques des dessins du poète: en entre de plain-pied dans son univers. Une créature animale, hirsute et préhistorique, se divise par la grâce d’une césure en deux être de parole: le duo, plus qu’engagé, formé par Patrick Mohr et Fanny Pelichet (transfigurée depuis sont récent rôle dans Un escargot dans le coccyx).

Suivant un enchaînement à la fois libre et rigoureux, les comédiens dialoguent, se répartissant les vers comme autant de connivences ou d’exclamations partagées. Les néologismes fusent (« il le pratèle, le libucque, et lui barufle les ouillais… »), les borborygmes rebondissent (« et flo et glu et déglutit sa bru »): on assiste à la création de la langue michaldienne. Et à l’invention d’un art de vivre, aussi, avec cette mitrailleuse à gifles imaginaire, ces parades à « la rage qui n’a pas fait le monde, doit y vivre », cette faculté à s’immiscer en toutes choses (« j’étais les fourmis, mais aussi j’étais leur chemin »).

Le face à face se fait tantôt numéro de clown, tantôt jeu d’enfant, tantôt huis clos beckettien. Alentour pullulent également les références à cette Afrique si chère au metteur en scène genevois: branches mortes, calebasse, mégaphones d’un autre temps, pianos à pouce… personal cloud . Comme si Michaux n’était autre qu’un griot d’ici nourri à l’animisme de là-bas. Danser sa sidérante parole, lui rendre sa physicalité incantatoire, le projet l’exigeait en effet. La chanter, voilà qui met au spectacle son seul petit bémol…

Katia Berger

 

« La vivacité d’un torrent de montagne. La chaleur d’une flambée. domain name data . Et encore l’âpreté d’un champ tout juste fauché. Joue-moi quelque chose provoque toutes ces sensations. Michele Millner orchestre avec huit complices un tourbillon de vie, une tornade musicale et théâtrale qui rend un hommage vibrant  aux paysans de Haute-Savoie. Révolutionnaire ? Non, mais terriblement bienfaisant. »

Marie-Pierre Genecand, 17 octobre 2012